
J’ai toujours essayé de me trouver là où on m’attendait. J’ai toujours fait semblant ou presque. Même quand je relis tout ce que j’écris, ma manière de communiquer professionnellement, ma manière de me comporter en tant que diététicienne, en tant que tout ce que j’ai essayé d’incarner. J’ai toujours dit que je naviguais de crise existentielle en crise existentielle mais en fait, c’était des crises identitaires. C’EST une crise identitaire constante.
Cette fois ci j’écris pour moi. Je n’ai rien à vendre, rien à prouver (enfin si encore et toujours ma place dans le monde si je suis tout à fait honnête), mais en vrai rien. Une de mes psys m’a dit un jour que j’étais comme une abeille. Une abeille elle est là, elle butine, elle ne prouve pas quoique ce soit au monde, elle vit dans l’instant. Mais moi je suis comme une abeille dans un monde de fourmis. Je vois que je fit pas, mais j’ai bien rangé mes ailes et bon, ça passe mais ce n’est pas très confortable et je n’aime pas beaucoup ce que je ressens.
Bordel. Le nombre de réinventions que j’ai traversées ! Diététicienne nutritionniste, diététique holistique, psychodiététicienne, diététicienne pour les femmes, psychopraticienne TCA, en van, LGBTQIA+, mais aussi artiste, astrologue, communicante animalière, en projet d’équithérapie, thérapeute énergéticienne, mais AAAH ! Je suffoque ! Je planifie, j’espère, j’y crois, je capote et j’implose. à-chaque-fois. à chaque fois je me dis « mais mince c’est quoi qui coince ? », je sens que ce n’est pas aligné, ça résonne pas, je n’en veux plus, je veux qu’on me foute la paix, ça m’épuise. Il y a un bug entre l’image que je projette de moi et la réalité de ce que je vis et de ce que je ressens.
Je suis tellement douée pour jouer un rôle, peaufiner, rendre les choses jolies, classes et bien ficelées. Rien n’est laissé au hasard, tout est désirable dans la forme mais le fond… Y’a pas de fond. Il n’y en a pas car je l’ai gardé tellement enfoui que moi même je ne le connais pas. Je ne connais qu’espoir puis angoisse, fatigue, fuite et désespoir. J’ai modelé une image, un rêve emprunté à ces femmes stylées et qui réussissent tout, ces femmes reines, ces femmes sages, avec des dons incroyables, qui ont trouvé leur place, leur rôle et qui naviguent leur vie avec souplesse. Je ne suis pas comme ça, je suis tout l’inverse. Donc j’imite. Mais ça ne fonctionne pas.
J’ai supprimé tout mon site, mon compte insta me dégoûte. Je suis là avec mes blablas, c’est ridicule, ça sonne faux, ce n’est pas moi, c’est une pâle copie des thérapeutes. Je ne trouve pas mon moyen d’expression authentique, c’est ça la vérité. Et en avançant dans les années ça ne se précise pas du tout, ça ne s’affine pas. Je m’éparpille toujours plus, avec un sentiment d’imposture grandissant et du désespoir.
J’ai tout rejeté. Tout ce qui compose mon être, ma personnalité, ma vibration et c’est triste à en mourir. Pourtant cette gamine, quand je vois des vidéos d’elle, sa façon étrange de se mouvoir, de danser et comment la vie pétille dans son corps, j’ai envie de pleurer. Qui ai-je du devenir pour être acceptée ? Une sombre copie, un faux-self. Grâce à lui je navigue bon an mal an, mais vous savez ce qui se passe quand les portes sont fermées depuis que je suis une adulte ? Le néant, les ruminations, les insomnies, et quelques pics de créativité et d’euphorie que je m’empresse de partager sur les réseaux sociaux, et la honte et la culpabilité. Je vous jure, ça me dégoûte. Je suis en colère finalement. Pas vraiment contre la petite fille qui a dit consciemment un jour « t’es pas normale, il y a un problème, tu vas imiter les autres pour ne plus jamais être rejetée », mais contre ces normes, ces injonctions, ce formatage qui correspond à si peu de personnes.
Je ne me suis jamais écoutée si bien que je ne comprends pas mes besoins, et pourtant même comme ça visiblement ce n’est encore jamais assez. J’en suis venue à me dire il y a quelques temps que ça devait être quelque chose de normal de devoir vivre au quotidien la boule au ventre, les douleurs et l’épuisement qui guette. On m’a tellement dit que c’était dur pour tout le monde et que je m’écoutais trop, qu’il fallait que je prenne sur moi, que je passais trop de temps allongée, mais merde ! J’ai beau me forcer c’est juste de plus en plus difficile.
C’est super d’être diététicienne quand toi même t’as tellement de désordres intestinaux que tu manques de t’envoler tellement t’es une montgolfière. Ca ne marche pas de vouloir être thérapeute quand tu fuis constamment ton être et que tu n’as de cesse de te prouver et t’éprouver dans le regard de l’autre. C’est cela ma réalité, je suis paumée, la vie m’épuise et je ne veux plus faire semblant.
Cette année pas de projections, juste un gros stop. Je ne veux plus courir après quelque chose qui n’existe pas de la manière dont je l’ai imaginée. Je veux découvrir ce que c’est de vivre une vie douce où tout n’est pas agression au quotidien. Je veux clamer haut et fort que c’est certainement plus difficile pour moi que pour beaucoup d’autres personnes. Non je ne m’écoute pas trop, en fait je ne m’écoute pas du tout assez. Cette année mon projet, c’est moi. Prendre soin de moi, me comprendre dans mes besoins concrets, demander de l’aide, découvrir tous les détails où je me force constamment afin de retrouver de l’énergie pour ce qui me répare. Et espérer que dans ces petites actions du quotidien, je me rencontre vraiment. La vraie moi qui ne fait plus semblant.

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